Partager l'article ! Naissance d'une Alliance pour l'Avenir de l'Alsace: Après plusieurs réunions, des militants culturels régionaux (appelons-les ainsi) ont mont ...
Après plusieurs réunions, des militants culturels régionaux (appelons-les ainsi) ont monté au début de l’année une « Alliance pour l’Avenir de l’Alsace ». Les 3 A. Son jeune président : Jean-Georges Trouillet, auteur d’un ouvrage récent sur « le drapeau alsacien, des origines à nos jours ».
Il ne s’agit pas d’une nième association, encore moins d’un nouveau parti politique, mais, plus modestement, d’une Denkfabrik. En français : un think tank ! Qu’est-ce donc qui nous donne à penser ?
L’échec depuis vingt ans de toute politique linguistique. En vérité, l’absence d’une politique linguistique régionale. Le sentiment qu’une telle politique demeure impossible, aussi longtemps que les rapports de pouvoir – et les rapports psychologiques – entre l’État et les régions demeureront ce qu’ils sont. Prééminence de l’État, subordination des régions, au lieu d’un partenariat entre des acteurs ayant chacun des droits et des pouvoirs propres.
Le temps passe, et la connaissance de la langue régionale, même le simple intérêt pour elle, continue à baisser, inexorablement ? Aucune personne sensée ne veut ce déclin, qui entraîne à la fois une rupture avec l’histoire, l’érosion d’une identité et un handicap économique sérieux sur les marchés du travail en Allemagne et en Suisse. Et pourtant, il n’y aurait rien à faire ? Nous ne vivrions en Alsace qu’un cas particulier de l’impuissance générale du politique ?
Une volonté générale
On a assisté l’année dernière à l’adoption pénible de la 2e Convention, 2007-2013, sur l’enseignement des langues vivantes. Même quelques-uns de ses signataires, résignés, reconnaissent l’insuffisance des dispositions et moyens prévus, leur inadéquation aux besoins et à l’esprit de l’Alsace. Il est de règle en France, dans le système de l’Éducation justement nationale, que ce soit le Rectorat qui élabore le projet d’une telle Convention ; les collectivités territoriales, qui auront en charge une partie de son financement, n’ont que le pouvoir d’en discuter, de proposer quelques amendements, et en dernière lecture de ratifier.
Mais si c’était l’inverse ? Imaginons cela. C’est la Région, son Conseil ou Parlement, qui élabore un plan pour l’enseignement des langues et de la culture régionale dans les écoles publiques ; le Rectorat, qui veille à l’harmonisation nationale des enseignements et des diplômes, en prend connaissance, discute, amende, puis donne son aval. Une telle procédure respecterait la personnalité des régions, sans menacer le moins du monde l’unité de la République. Mais ne se pourrait-il pas que les Conseillers régionaux, en raison de leur sensibilité politique, se montrent globalement plus conservateurs et plus labiles, s’agissant d’une politique des langues, que l’Éducation nationale ? Si, c’est le risque de la démocratie.
On pariera tout de même, raisonnablement, sur l’intelligence de l’opinion publique. Vous sondez les Alsaciens (les habitants de la région), ils sont majoritairement favorables à des projets et pratiques de bilinguisme français-allemand. De l’opinion publique doit sourdre une volonté générale, à l’échelle de la région et pour la région. Et ce sera au Parlement régional, enfin au « Conseil » (qu’importe le mot !), d’exercer pleinement cette volonté. Pour cela, il devra être investi d’une sorte d’autorité politique naturelle, celle de promulguer des lois dans son domaine réservé.
Il n’y a pas d’autre méthode démocratique. Par des débats et des rencontres, lentement, nous voulons contribuer à libérer l’expression de l’opinion publique et à construire une volonté générale… régionale. Immense travail ? Oui, on nous souhaite bonne chance ?
Jean-Paul Sorg
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