Partager l'article ! Davantage d’Alsace: En cette époque où la globalisation semble dicter implacablement notre avenir, il est encore temps de retrouver l’importance ...
Nos avantages objectifs, liés à l’histoire et à la géographie, résident dans notre tradition pluriculturelle et dans notre position
transnationale. Ce qui a de tout temps caractérisé l’Alsace, c’est la rencontre entre les mondes latin et germanique, des cultures française et allemande, c’est l’accès aux deux langues. Cette
dualité n’est aujourd’hui plus une contradiction mais une chance. Elle n’est pas dépassée, même si seulement une fraction de la population d’Alsace y a encore accès. Elle peut redevenir une
richesse pour tous dans le contexte européen qui est désormais le nôtre. Nous avons le devoir de promouvoir cette dimension originale tout en l’ouvrant à de nouvelles influences, dès lors
que celles-ci l’enrichissent et ne la détruisent pas. Creuset de cultures, l’Alsace doit développer un projet qui fait converger ses diverses composantes.
Plus de solidarité en Alsace
Ce qui est essentiel pour nous ce n’est pas seulement la préservation de traditions populaires, toutes importantes et respectables qu’elles soient. Ce qui est en cause, c’est une conception de la
société, un ensemble de valeurs qui ne sont certes pas exclusives mais fondamentales. Parler de valeurs est devenu un lieu commun. Nous entendons cependant redonner sa force à cette démarche.
Fidèles à l’héritage humaniste de l’Alsace, nous n’hésitons pas à dire que la politique doit retrouver une dimension éthique. Celle-ci commande nos relations avec nos concitoyens
et avec notre environnement. Nous croyons que l’attention portée à la dimension spirituelle fait partie de l’identité de cette région. Elle s’exprime par le statut particulier que la population
alsacienne a voulu conserver pour ses institutions religieuses, mais aussi dans un esprit de rigueur et de respect de la règle, dans la priorité, attribuée aux préoccupations sociales et dans un
engagement fort pour une nature vivante. Nous voulons renforcer les compétences locales qui nous permettent de mieux résister au matérialisme et à l’individualisme de la société ambiante
(réglementation des fermetures dominicales, protection sociale, statut des confessions, etc.). Nous entendons orienter nos budgets locaux vers moins de superflu et vers plus d’investissement dans
l’humain.
Plus de bilinguisme en Alsace
Partant du principe qu’une langue ne peut vivre et survivre que si elle bénéficie d’un emploi dans tous les domaines de la vie, à la base de notre stratégie régionale doit se trouver un projet
linguistique cohérent. Le projet linguistique de l’Alsace ne se réduit pas à la dimension du dialecte dont l’importance n’est cependant pas contestable. Il s’incarne
dans l’idée de bilinguisme ouvert sur les deux grandes cultures européennes historiquement présentes dans cette région. Il vise la réalisation d’un modèle pédagogique qui permet l’acquisition
d’une parité de compétences entre le français et l’allemand. C’est un modèle qui enrichit toute l’Alsace, même ceux qui ne seront pas eux-mêmes bilingues, car il élargit l’horizon culturel et
économique de la région dans son ensemble et constitue le cadre le plus favorable pour l’acquisition d’autres langues. Si ce projet est en théorie approuvé par les autorités scolaires et par les
collectivités locales, il n’est pas réellement mis en œuvre. Nombreux sont les familles qui doivent constater que le souhait de voir leurs enfants accéder à un enseignement bilingue est rejeté
pour toutes sortes de motifs ou que les filières créées ne bénéficient pas des conditions permettant leur succès.
Pour que l’Alsace puisse reconquérir son bilinguisme, elle doit aussi le faire vivre dans la vie publique, les médias, la signalisation etc. C’est un plan global qui
est à mettre en œuvre, consacré par une charte régionale et étroitement lié à une nouvelle donne culturelle qui, elle-même, va bien au-delà de l’aspect linguistique. Ce plan global passe une
reconnaissance officielle de la langue régionale et par une ratification par la France de la « Charte européenne pour les langues régionales ou minoritaires »
Plus d’identité pour l’Alsace
Si l’identité vit et se transforme au gré des échanges, force est de constater que l’évolution de l’identité alsacienne est entravée par une politique de domination culturelle résultant du contexte institutionnel et économique. Il s’agit donc de libérer la culture alsacienne et de permettre à la conscience collective de la population de s’appuyer
sur la connaissance des caractères singuliers de cette région qu’ils soient d’ordre matériel (territoire, paysages, architecture, etc.), historique (événements marquants, personnalités
remarquables, etc.) ou socio-culturel (mentalités, vision du monde, valeurs, etc.). Pour affermir le lien social, créer un sentiment d’appartenance nécessaire à la solidarité et pour avoir une
stabilité dans les processus de transmission, l’enseignement de l’histoire et des cultures de notre région est essentiel. C’est ainsi que nous pourrons faire aimer ce pays par tous ceux qui y
vivent, afin qu’ils en deviennent tous les héritiers. Car on ne peut aimer que ce que l’on connaît.
Un système éducatif pour l’Alsace
Tout ceci nous conduit à considérer comme indispensable de mieux maîtriser au plan régional l’appareil éducatif. De nombreux exemples étrangers montrent que d’autres modèles pédagogiques sont
possibles. Pour cela, il faut que les habitants de l’Alsace puissent exercer eux-mêmes leurs choix et leurs responsabilités sur le système éducatif, qu’il s’agisse du
contenu de l’enseignement ou de son organisation. Notre institution scolaire reste enfermée dans un système bureaucratique et centralisé. Seul le transfert d’un pouvoir d’initiative dans
le cadre régional à de nouveaux acteurs peut redonner du souffle et de l’efficacité à cet appareil éducatif. Nous voulons réhabiliter une formation ouverte sur la vie des professions et
sur l’économie locale. Une large compétence régionale en matière éducative, c’est le choix que nous faisons pour l’Alsace. Mais nous ne voulons pas substituer un monolithisme régional à un
monolithisme national : publics, privés ou associatifs, les établissements doivent pouvoir décliner leurs projets respectifs.
Plus d’esprit de responsabilité en Alsace
Pour restaurer la cohésion sociale, il n’est plus suffisant d’invoquer une citoyenneté abstraite. Le cadre régional est mieux approprié pour retrouver une base concrète à
l’adhésion au projet commun. Revendiquons les moyens dont il a besoin pour assumer ce rôle : un autre partage des ressources fiscales, des pouvoirs normatifs permettant de revivifier le
droit local, des compétences renforcées dans les domaines du transport régional, de l’environnement, etc.
Les instances régionales et locales doivent disposer en particulier des pouvoirs qui leur permettent de définir à leur niveau une politique globale dans les domaines où le patrimoine régional est menacé. En dehors de la dimension culturelle, il est manifeste que la région est gravement atteinte au plan social et environnemental. La prise de conscience et l’engagement solidaire implique que les citoyens de la région s’identifient avec elle : affirmer que nous sommes tous des Alsaciens est le meilleur moyen de promouvoir l’intégration.
La sauvegarde de ce qui reste de milieux naturels ne peut être atteinte que par une discipline rigoureuse fondée sur une solidarité et sur une éthique collective
régionales. Elle impose le respect de règles strictes. Comment voulons nous nous comporter de manière responsable à l’égard des menaces sur la planète si nous n’avons pas la rigueur nécessaire
dans la gestion du notre cadre de vie immédiat ?
La responsabilité passe par un exercice revivifié de la démocratie locale : l’information et le débat public doivent être équitablement gérés par la majorité et les oppositions, le droit
d’initiative locale reconnu, les instruments de démocratie directe renforcés. 50% de la redevance audiovisuelle doivent être versée à un fond régional chargé de financer une vraie télévision et
une radio régionales indépendantes au service de l’opinion publique alsacienne. Ces instruments et ces ressources, bien d’autres entités de la taille de l’Alsace (et
souvent encore plus réduites) en disposent en Europe. Ayons la lucidité et le courage de les revendiquer aussi pour nous.
Une économie plus responsable
Le modèle économique rhénan, constitue une alternative au capitalisme sauvage et à l’économie centralisée et dirigée. Il se donne pour objectif de lier l’économie de marché et
la justice sociale. L’économie sociale de marché est adaptée à notre région en tant qu’elle lie la justice sociale, le respect de l’environnement et le développement durable.
Plus de réflexion et d’action pour l’Alsace
Notre objectif est, à ce stade, de constituer un cadre nouveau d’analyse et de débat pour préciser nos orientations et les traduire par des propositions et des projets concrets. Nous savons
combien la réalité est complexe et l’action difficile. Un intense travail de renouvellement de la réflexion sur la région est nécessaire. Notre « Denkfabrik » s’y emploiera. En même
temps, nous participerons à la discussion politique et au débat électoral en promouvant nos revendications lors des élections. Nous invitons tous ceux qui partagent notre démarche à nous
rejoindre.
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