Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 15:37

Après plusieurs réunions, des militants culturels régionaux (appelons-les ainsi) ont monté au début de l’année une « Alliance pour l’Avenir de l’Alsace ». Les 3 A. Son jeune président : Jean-Georges Trouillet, auteur d’un ouvrage récent sur « le drapeau alsacien, des origines à nos jours ».

 

Il ne s’agit pas d’une nième association, encore moins d’un nouveau parti politique, mais, plus modestement, d’une Denkfabrik. En français : un think tank ! Qu’est-ce donc qui nous donne à penser ?

 

L’échec depuis vingt ans de toute politique linguistique. En vérité, l’absence d’une politique linguistique régionale. Le sentiment qu’une telle politique demeure impossible, aussi longtemps que les rapports de pouvoir – et les rapports psychologiques – entre l’État et les régions demeureront ce qu’ils sont. Prééminence de l’État, subordination des régions, au lieu d’un partenariat entre des acteurs ayant chacun des droits et des pouvoirs propres.

 

Le temps passe, et la connaissance de la langue régionale, même le simple intérêt pour elle, continue à baisser, inexorablement ? Aucune personne sensée ne veut ce déclin, qui entraîne à la fois une rupture avec l’histoire, l’érosion d’une identité et un handicap économique sérieux sur les marchés du travail en Allemagne et en Suisse. Et pourtant, il n’y aurait rien à faire ? Nous ne vivrions en Alsace qu’un cas particulier de l’impuissance générale du politique ?

 

Une volonté générale

 

On a assisté l’année dernière à l’adoption pénible de la 2e Convention, 2007-2013, sur l’enseignement des langues vivantes. Même quelques-uns de ses signataires, résignés, reconnaissent l’insuffisance des dispositions et moyens prévus, leur inadéquation aux besoins et à l’esprit de l’Alsace. Il est de règle en France, dans le système de l’Éducation justement nationale, que ce soit le Rectorat qui élabore le projet d’une telle Convention ; les collectivités territoriales, qui auront en charge une partie de son financement, n’ont que le pouvoir d’en discuter, de proposer quelques amendements, et en dernière lecture de ratifier.

 

Mais si c’était l’inverse ? Imaginons cela. C’est la Région, son Conseil ou Parlement, qui élabore un plan pour l’enseignement des langues et de la culture régionale dans les écoles publiques ; le Rectorat, qui veille à l’harmonisation nationale des enseignements et des diplômes, en prend connaissance, discute, amende, puis donne son aval. Une telle procédure respecterait la personnalité des régions, sans menacer le moins du monde l’unité de la République. Mais ne se pourrait-il pas que les Conseillers régionaux, en raison de leur sensibilité politique, se montrent globalement plus conservateurs et plus labiles, s’agissant d’une politique des langues, que l’Éducation nationale ? Si, c’est le risque de la démocratie.

 

On pariera tout de même, raisonnablement, sur l’intelligence de l’opinion publique. Vous sondez les Alsaciens (les habitants de la région), ils sont majoritairement favorables à des projets et pratiques de bilinguisme français-allemand. De l’opinion publique doit sourdre une volonté générale, à l’échelle de la région et pour la région. Et ce sera au Parlement régional, enfin au « Conseil » (qu’importe le mot !), d’exercer pleinement cette volonté. Pour cela, il devra être investi d’une sorte d’autorité politique naturelle, celle de promulguer des lois dans son domaine réservé.

 

Il n’y a pas d’autre méthode démocratique. Par des débats et des rencontres, lentement, nous voulons contribuer à libérer l’expression de l’opinion publique et à construire une volonté générale… régionale. Immense travail ? Oui, on nous souhaite bonne chance ?

Jean-Paul Sorg

Par Denkfabrik - Alliance pour l'Avenir de l'Alsace
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Vendredi 15 février 2008 5 15 /02 /Fév /2008 15:12
En cette époque où la globalisation semble dicter implacablement notre avenir, il est encore temps de retrouver l’importance de la solidarité qui nous unit sur ce bout de terre entre Vosges et Rhin. Rien de pire  pour les habitants de cette région que de ne voir dans celle-ci qu’un espace qu’ils « occupent », une circonscription du marché globalisé. Le moment est venu pour les Alsaciens de s’affirmer comme tels et d’en tirer les conséquences avec intelligence et fierté. Les Alsaciens doivent reconquérir la maîtrise de leur avenir et, en particulier, la part imprescriptible de liberté et de responsabilité dont l’Alsace doit disposer pour assurer son existence et son développement. C’est cette démarche que nous voulons entreprendre dans un groupe de réflexion appelé à renouveler le débat politique et culturel en Alsace.

Plus de fierté pour l’Alsace


La fierté d’être Alsacien, constitue un facteur essentiel de la vie sociale dans notre région ; elle renforce la solidarité, l’efficacité et l’ouverture. Cette fierté mérite d’être portée par tous les Alsaciens, quelle que soit leur origine ou leur histoire personnelle. Elle n’est pas exclusive, mais renforce au contraire l’attachement à d’autres niveaux (la France, l’Europe,…), l’engagement pour d’autres valeurs (politiques, éthiques, écologiques, spirituelles…), l’action dans d’autres domaines (économiques, sociaux, …). Nous ne prétendons pas avoir de recettes miracles pour résoudre les problèmes liés à la pollution planétaire, aux risques d’une crise économique mondiale, aux conséquences des migrations qui affectent des continents entiers, etc. Mais nous pouvons changer beaucoup de choses dans notre région et nos communes. Attaquons-nous donc aux problèmes qui sont à notre portée. Pour cela, revendiquons notre responsabilité pour notre région et donnons- nous les outils appropriés.

Plus de compétences pour l’Alsace

L’expérience nous montre que les entités qui  gèrent le mieux leurs affaires sont des unités de taille limitée : petits Etats, régions autonomes, entités fédérées. Nous le constatons autour de nous : les cantons suisses, les Länder allemands, le Luxembourg, réussissent mieux que nous car leurs compétences sont plus larges. Un peu plus loin de nous, le Tyrol du Sud, autrefois région pauvre, tire très bien son épingle du jeu. Les petits pays comme l’Irlande et les Pays Bas sont plus réactifs que les gros. Une gestion de proximité est toujours plus efficace. Nous pouvons en faire autant en Alsace si nous misons sur notre personnalité et nos capacités propres, nous développons les attributs de notre région. Il importe de mettre en œuvre les instruments qui peuvent nous permettre de nous réapproprier notre avenir, de conquérir notre part d’autonomie. Cette question a une dimension individuelle mais aussi collective.

Faire vivre la personalité de l'Alsace

Il s’agit de reconstituer autour d’un projet régional un sentiment de communauté entre tous les habitants de l’Alsace. Nous n’avons pas une vision passéiste de cette personnalité ; nous ne rêvons pas à un retour à un Âge d’Or, ni ne nous plaignons des avatars de l’histoire. Mais il nous faut sortir d’une perception infantilisante de l’Alsace, de la folklorisation de son identité culturelle, pour affirmer un projet collectif qui valorise ce qui caractérise ce pays. Pour cela, il faut reprendre conscience de ce qui fait sa force. Une région qui n’a pas conscience de ce qu’elle est, d’où elle vient et où elle va, qui n’est pas au clair avec sa personnalité, est privée de l’épine dorsale qui lui est nécessaire pour construire son avenir.

Nos avantages objectifs, liés à l’histoire et à la géographie,  résident dans notre tradition pluriculturelle et dans notre position transnationale. Ce qui a de tout temps caractérisé l’Alsace, c’est la rencontre entre les mondes latin et germanique, des cultures française et allemande, c’est l’accès aux deux langues. Cette dualité n’est aujourd’hui plus une contradiction mais une chance. Elle n’est pas dépassée, même si seulement une fraction de la population d’Alsace y a encore accès. Elle peut redevenir une richesse pour tous dans le contexte européen qui est désormais le nôtre. Nous avons le devoir de promouvoir cette dimension originale tout en l’ouvrant à de nouvelles influences, dès lors que celles-ci l’enrichissent et ne la détruisent pas. Creuset de cultures, l’Alsace doit développer un projet qui fait converger ses diverses composantes.

Plus de solidarité en Alsace

Ce qui est essentiel pour nous ce n’est pas seulement la préservation de traditions populaires, toutes importantes et respectables qu’elles soient. Ce qui est en cause, c’est une conception de la société, un ensemble de valeurs qui ne sont certes pas exclusives mais fondamentales. Parler de valeurs est devenu un lieu commun. Nous entendons cependant redonner sa force à cette démarche. Fidèles à l’héritage humaniste de l’Alsace, nous n’hésitons pas à dire que la politique doit retrouver une dimension éthique. Celle-ci commande nos relations avec nos concitoyens et avec notre environnement. Nous croyons que l’attention portée à la dimension spirituelle fait partie de l’identité de cette région. Elle s’exprime par le statut particulier que la population alsacienne a voulu conserver pour ses institutions religieuses, mais aussi dans un esprit de rigueur et de respect de la règle, dans la priorité, attribuée aux préoccupations sociales et dans un engagement fort pour une nature vivante. Nous voulons renforcer les compétences locales qui nous permettent de mieux résister au matérialisme et à l’individualisme de la société ambiante (réglementation des fermetures dominicales, protection sociale, statut des confessions, etc.). Nous entendons orienter nos budgets locaux vers moins de superflu et vers plus d’investissement dans l’humain.

Plus de bilinguisme en Alsace

Partant du principe qu’une langue ne peut vivre et survivre que si elle bénéficie d’un emploi dans tous les domaines de la vie, à la base de notre stratégie régionale doit se trouver un projet linguistique cohérent. Le projet linguistique de l’Alsace ne se réduit pas à la dimension du dialecte dont l’importance n’est cependant pas contestable. Il s’incarne dans l’idée de bilinguisme ouvert sur les deux grandes cultures européennes historiquement présentes dans cette région. Il vise la réalisation d’un modèle pédagogique qui permet l’acquisition d’une parité de compétences entre le français et l’allemand. C’est un modèle qui enrichit toute l’Alsace, même ceux qui ne seront pas eux-mêmes bilingues, car il élargit l’horizon culturel et économique de la région dans son ensemble et constitue le cadre le plus favorable pour l’acquisition d’autres langues. Si ce projet est en théorie approuvé par les autorités scolaires et par les collectivités locales, il n’est pas réellement mis en œuvre. Nombreux sont les familles qui doivent constater que le souhait de voir leurs enfants accéder à un enseignement bilingue est rejeté pour toutes sortes de motifs ou que les filières créées ne bénéficient pas des conditions  permettant leur  succès.

Pour que l’Alsace puisse reconquérir son bilinguisme, elle doit aussi le faire vivre dans la vie publique, les médias, la signalisation etc. C’est un plan global qui est à mettre en œuvre, consacré par une charte régionale et étroitement lié à une nouvelle donne culturelle qui, elle-même, va bien au-delà de l’aspect linguistique. Ce plan global passe une reconnaissance officielle de la langue régionale et par une ratification par la France de la « Charte européenne pour les langues régionales ou minoritaires »

P
lus d’identité pour l’Alsace

Si l’identité vit et se transforme au gré des échanges, force est de constater que l’évolution de l’identité alsacienne est entravée par une politique de domination culturelle résultant du contexte institutionnel et économique. Il s’agit donc de libérer la culture alsacienne et de permettre à la conscience collective de la population de s’appuyer sur la connaissance des caractères singuliers de cette région qu’ils soient d’ordre matériel (territoire, paysages, architecture, etc.), historique (événements marquants, personnalités remarquables, etc.) ou socio-culturel (mentalités, vision du monde, valeurs, etc.). Pour affermir le lien social, créer un sentiment d’appartenance nécessaire à la solidarité et pour avoir une stabilité dans les processus de transmission, l’enseignement de l’histoire et des cultures de notre région est essentiel. C’est ainsi que nous pourrons faire aimer ce pays par tous ceux qui y vivent, afin qu’ils en deviennent tous les héritiers. Car on ne peut aimer que ce que l’on connaît.

Un système éducatif pour l’Alsace

Tout ceci nous conduit à considérer comme indispensable de mieux maîtriser au plan régional l’appareil éducatif. De nombreux exemples étrangers montrent que d’autres modèles pédagogiques sont possibles. Pour cela, il faut que les habitants de l’Alsace puissent exercer eux-mêmes  leurs choix et leurs responsabilités sur le système éducatif, qu’il s’agisse du contenu de l’enseignement ou de son organisation. Notre institution scolaire reste enfermée dans un système bureaucratique et centralisé. Seul le transfert d’un pouvoir d’initiative dans le cadre régional à de nouveaux acteurs peut redonner du souffle et de l’efficacité à cet appareil éducatif. Nous voulons réhabiliter une formation ouverte sur la vie des professions et sur l’économie locale. Une large compétence régionale en matière éducative, c’est le choix que nous faisons pour l’Alsace. Mais nous ne voulons pas substituer un monolithisme régional à un monolithisme national : publics, privés ou associatifs, les établissements doivent pouvoir décliner leurs projets respectifs.


Plus d’Europe en Alsace

De vraies compétences bilingues, la reconquête de la double culture à l’Ecole, mais aussi dans la vie publique, permettront à l’Alsace de concrétiser sa vocation rhénane et européenne alors que celle-ci reste actuellement largement théorique. La coopération transfrontalière stagne faute pour nous de connaître vraiment nos voisins dans leur langue et dans leur culture qui, paradoxalement, sont aussi les nôtres. Strasbourg revendique être une capitale de l’Europe alors que la pratique actuelle l’enferme dans une mentalité provinciale. Au plan culturel, mais aussi du point de vue de l’aménagement, des infrastructures et des stratégies économiques, il nous faut une politique ouverte à 360 °. Nous voulons nous doter à cette fin des instruments juridiques et institutionnels appropriés. D’un point de vue général, l’Europe démocratique ne se réalisera que dans une Europe fédérale s’appuyant sur les régions. Nous voulons que le fonctionnement de l’Europe se traduise par une application à tous les échelons du principe de subsidiarité.

Plus de démocratie régionale et locale en Alsace


De façon générale, nous voulons que soient données à cette région les compétences qui seront le mieux exercées à son niveau en laissant aux niveaux de l’Etat et de l’Europe les responsabilités qui leur reviennent légitimement. Il nous paraît nécessaire de réaliser ce que toutes les personnes sensés de cette région estiment nécessaire : une restructuration des institutions régionales, départementales et locales adaptée aux caractéristiques de ce territoire. Nous préconisons à cette fin d’utiliser les possibilités offertes par le droit existant pour obtenir une adaptation du cadre institutionnel de la région : nous voulons la création d’une nouvelle collectivité régionale  avec un Parlement d’Alsace,  la suppression des départements dont les compétences seront ventilées entre la Région et les autres collectivités territoriales, dans le cadre desquelles pourrait se réaliser une véritable décentralisation. Nous ne voulons, en effet, de concentration des pouvoirs et des ressources ni à Paris ni à Strasbourg, mais une organisation du territoire régional qui donne sa place à chacune des entités locales. Nous voulons pour cela réagir contre la concentration dans trois ou quatre villes de la région de la quasi-totalité des services hospitaliers, judiciaires, de secours, etc. Enfin, la décentralisation ne sera effective que si le pouvoir régional dispose de ressources financières propres, les impôts levés dans la région devant y rester dans un ordre de grandeur équivalent à ce qui se fait dans la plupart des pays de l’UE.


Plus d’esprit de responsabilité en Alsace

Pour restaurer la cohésion sociale, il n’est plus suffisant d’invoquer une citoyenneté abstraite. Le cadre régional est mieux approprié pour retrouver une base concrète à l’adhésion au projet commun. Revendiquons les moyens dont il a besoin pour assumer ce rôle : un autre partage des ressources fiscales, des pouvoirs normatifs permettant de revivifier le droit local, des compétences renforcées dans les domaines du transport régional, de l’environnement, etc. 

Les instances régionales et locales doivent disposer en particulier des pouvoirs qui leur permettent de définir à leur niveau une politique globale dans les domaines où le patrimoine régional est menacé. En dehors de la dimension culturelle, il est manifeste que la région est gravement atteinte au plan social et environnemental. La prise de conscience et l’engagement solidaire implique que les citoyens de la région s’identifient avec elle : affirmer que nous sommes tous des Alsaciens est le meilleur moyen de promouvoir l’intégration.

La sauvegarde de ce qui reste de milieux naturels ne peut être atteinte que par une discipline rigoureuse fondée sur une solidarité et sur une éthique collective régionales. Elle impose le respect de règles strictes. Comment voulons nous nous comporter de manière responsable à l’égard des menaces sur la planète si nous n’avons pas la rigueur nécessaire dans la gestion du notre cadre de vie immédiat ?

La responsabilité passe par un exercice revivifié de la démocratie locale : l’information et le débat public doivent être équitablement gérés par la majorité et les oppositions, le droit d’initiative locale reconnu, les instruments de démocratie directe renforcés. 50% de la redevance audiovisuelle doivent être versée à un fond régional chargé de financer une vraie télévision et une radio régionales indépendantes au service de l’opinion publique alsacienne.  Ces instruments et ces ressources, bien d’autres entités de la taille de l’Alsace (et souvent encore plus réduites) en disposent en Europe. Ayons la lucidité et le courage de les revendiquer aussi pour nous.

Une économie plus responsable

Le modèle économique rhénan, constitue une alternative au capitalisme sauvage et à l’économie centralisée et dirigée
. Il se donne pour objectif de lier l’économie de marché et la justice sociale. L’économie sociale de marché est adaptée à notre région en tant qu’elle lie la justice sociale, le respect de l’environnement et le développement durable.

Plus de réflexion et d’action pour l’Alsace

Notre objectif est, à ce stade, de constituer un cadre nouveau d’analyse et de débat pour préciser nos orientations et les traduire par des propositions et des projets concrets. Nous savons combien la réalité est complexe et l’action difficile. Un intense travail de renouvellement de la réflexion sur la région est nécessaire. Notre « Denkfabrik » s’y emploiera. En même temps, nous participerons à la discussion politique et au débat électoral en promouvant nos revendications lors des élections. Nous invitons tous ceux qui partagent notre démarche à nous rejoindre.

Par Denkfabrik - Alliance pour l'Avenir de l'Alsace
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